Le Bois de Dendropogon

Le Bois de Dendropogon, écho de Fangorn chez Tolkien, est un lieu de lentes rêveries.

26 février 2007

Se revêtir de la dépouille du lion

Dans La Dernière Bataille, Lewis raconte les terribles conséquences du projet machiavélique du singe Shift. Celui-ci découvre une peau de lion, dont il déguise l’âne Puzzle afin de le faire passer pour le divin lion Aslan et se faire obéir du peuple de Narnia.

Or, Érasme consacre l’un de ses Adages à l’expression grecque « Vous me revêtez de la dépouille du lion » :

« Se dit d’ordinaire contre ceux qui se chargent d’une affaire au-dessus de leurs moyens et qui se comportent avec trop de magnificence pour leur condition. »

Érasme, Adages, n° 266
(Œuvres choisies, trad. J. Chomarat,
Livre de Poche, 1991, p. 352)

Cet Adage est chargé de dénoncer non seulement la prétention à se vouloir plus que ce que l’on est, mais aussi la crédulité de ceux qui se trompent sur les apparences.

Érasme cite alors le texte du Pêcheur de Lucien :

« Au pays de Cumes un âne lassé de la servitude avait brisé son licol et s’était enfui dans la forêt. Là il trouva par hasard une dépouille de lion qu’il se mit sur le corps. Et ainsi il se comportait en lion, terrifiant hommes et bêtes par sa voix et sa queue. Car les gens de Cumes ne connaissent pas le lion. Ainsi déguisé cet âne régna un certain temps de cette façon, on le prenait pour un lion monstrueux et on le redoutait. » (p. 353)

Dans le récit de Lewis, le singe a enfermé l’âne dans une cabane et ne le laisse apparaître que de loin, le soir, devant le peuple de Narnia terrifié. Le roi Tirian, qui a été fait prisonnier par les complices de Shift, découvre la scène, attaché à un arbre.

« De là où il se trouvait, Tirian ne pouvait discerner très clairement ce qu’était cette chose, mais il voyait que c’était jaune et poilu. Il n’avait jamais vu le grand lion. Il n’avait jamais vu de lion ordinaire. Il ne pouvait être sûr que ce qu’il voyait n’était pas le vrai Aslan. Il ne s’était pas attendu à ce qu’Aslan ressemblât à cette chose toute raide qui restait immobile sans rien dire. »

C.S. Lewis, La Dernière Bataille, chap. 4
(Folio Junior, 2002, p. 52)

Pourtant, pour qui se serait approché, la supercherie aurait vite été évidente.

« Ce que virent les nains, maintenant qu’ils pouvaient l’examiner de près, était certainement de nature à les pousser à se demander comment ils avaient bien pu se faire piéger. La peau de lion avait déjà été pas mal abîmée durant le long emprisonnement de Puzzle, et elle s’était déchirée pendant son trajet dans l’obscurité des bois. La plus grande partie en était tassée sur une épaule. La tête était rejetée très loin en arrière si bien que, maintenant, tout le monde pouvait voir dépasser une tête d’âne stupide, douce, à l’air ébahi. Il y avait de l’herbe qui sortait d’un coin de sa bouche, car il s’était offert une tranquille petite collation pendant qu’on l’emmenait. Et il murmurait :
            — Ce n’était pas de ma faute, je ne suis pas intelligent. Je n’ai jamais dit que je l’étais. »

C.S. Lewis, La Dernière Bataille, chap. 7
(Folio Junior, 2002, p. 85-86)

Le décalage est également souligné dans le texte d’Érasme, qui se poursuit ainsi :

« Jusqu’au jour où un étranger venu à Cumes, qui avait souvent vu et lion et âne et qui pour cette raison n’avait pas de peine à les distinguer, se rendit compte d’après les grandes oreilles et à d’autres indices que c’était un âne, il lui donna une volée de coups de bâton et le ramena à son maître qui le reconnut. Cependant, l’âne maintenant identifié faisait s’esclaffer tous les gens de Cumes qu’il avait presque fait mourir de peur un instant plus tôt quand on le prenait pour un lion. » (Ibid.)

Mais, à la différence de l’histoire traditionnelle, la version de Lewis se développe sur une double crédulité :

- d’une part, celle de l’âne, résigné au sujet de sa stupidité et qui ne cherche pas à la dépasser ;

- d’autre part, celle ces créatures de Narnia, qui tombent dans une croyance aveugle et se soumettent aux caprices du singe qui prétend parler au nom d’Aslan.

On l’a rappelé, le faux Aslan n’est pas une invention de l’âne, mais du singe.

Lewis s’est-il éloigné sur ce point de l’Adage 266 ?

En fait, l’idée du singe caché derrière l’âne affublé de la peau du lion a justement pu lui être fournie par la fin de cet Adage.

En effet, Érasme rapporte une indication à propos de Lucien :

« Lucien a un peu modifié le proverbe dans le Philopseudes, quand il dit : « Pendant si longtemps je n’ai pas remarqué que sous la dépouille d’un lion se cachait un singe ridicule ». » (Ibid., p. 354)

Lewis connaissait donc certainement cette expression grecque, mais je pense qu’il avait également en tête ce texte d’Érasme (voire ceux de Lucien), ce qui l’amena à combiner les deux images en une.

Lewis l’a explicitement précisé dans sa correspondance : Shift  représente l’Antéchrist, celui qui singe le Lion. Il était par conséquent tout désigné pour être celui qui se cache réellement derrière la dépouille du lion.

L’âne n’est que la victime de sa propre bêtise.

La consultation de plusieurs ouvrages de Lewis permettrait probablement d’approfondir ce rapprochement avec Érasme — voire d’en découvrir de nouveaux —, mais je ne les ai pas (du moins, pas encore) à ma disposition :

- English Literature in the Sixteenth Century Excluding Drama (1954)
- The Discarded Image, An Introduction to Medieval and Renaissance Literature (1964)
- Studies in Medieval and Renaissance Literature (collected by W. Hooper ; 1966)

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11 février 2007

Mythe et allégorie

Voici la lettre de Lewis où il évoque brièvement le point de vue de Tolkien sur l’allégorie, pour ensuite faire sa propre distinction entre l’allégorie et le mythe.

Lettre au Père Peter Milward S.J., du 22 septembre 1956

[CL III, 789-790]

            Cher Père Milward,

            Le livre de Tolkien n’est pas une allégorie1 — une forme qui lui déplaît2. Vous approcherez au mieux sa pensée sur de telles questions en étudiant son essai sur les contes de fées, publié dans les Essays presented to Charles Williams. Son idée fondamentale sur l’art narratif est la « sub-création » — c’est-à-dire la conception d’un monde secondaire. Ce que vous appelleriez « une plaisante histoire pour enfants » serait pour lui quelque chose de bien plus sérieux qu’une allégorie. Mais pour son point de vue, lisez son essai, ce qui est indispensable. De mon point de vue, un bon mythe (c’est-à-dire une histoire à partir de laquelle des sens très variés vont croître pour différents lecteurs, en différentes époques) est une chose plus élevée qu’une allégorie (qui ne contient qu’un seul sens). Dans une allégorie, on ne peut mettre que ce que l’on connaît déjà, tandis que dans un mythe on met ce que l’on ne connaît pas encore et ce que l’on ne pourrait découvrir d’aucune autre façon.

            Bien amicalement,

            C.S. Lewis

______________

Destinataire :

            Le Père Peter Milward (né en 1925) est un professeur jésuite et un écrivain. Il connaissait déjà les œuvres de fiction de Lewis lorsqu’il le rencontra pour la première fois en 1950, au cours de ses études à Oxford. Dans sa lettre du 19 mai 2005 à Walter Hooper, Le P. Milward écrit : « (...) ma première réaction en le voyant lors d’une soirée où il était invité [« a guest night »] fut exactement la même que celle de Debra Winger dans le film Shadowlands : « Vous ne ressemblez pas à Lewis ! » » Il participa au Socratic Club, fondé par Lewis, où croyants et non-croyants discutaient de la religion. Son départ pour le Japon en 1954 marqua le début de sa correspondance avec Lewis, dont il cherchait à lire tous les ouvrages.

Il est l’auteur de nombreux livres sur le christianisme et la littérature.

Pour la présentation biographique, voir CL III, 1697-1698.

note 1 : La meilleure définition de l’allégorie, au sens où l’entendent Lewis et Tolkien, se trouve au chap. 3 de l’Allegory of Love de Lewis : « C’est dans la nature profonde de la pensée et du langage de représenter ce qui est immatériel en des termes imagés. (...) Vous (...) partez d’un fait immatériel, comme les passions dont vous faites réellement l’expérience, et vous pouvez alors inventer des visibilia (des choses visibles) pour les exprimer. Si vous hésitez entre une réplique furieuse et une réponse calme, vous pouvez exprimer votre état d’esprit en inventant une personne nommée Ira (Colère) munie d’une torche pour la faire se disputer avec une autre personne inventée, nommée Patientia (Patience). C’est une allégorie ». [N.D.E.]

note 2 : Les lecteurs trouvèrent tant d’« allégories » dans le Seigneur des Anneaux que Tolkien, lors de la publication de la seconde édition en 1966, déclara dans l’avant-propos de La Communauté de l’Anneau : « je déteste cordialement l’allégorie dans toutes ses manifestations, et l’ai toujours détestée depuis que je suis devenu assez âgé et méfiant pour détecter sa présence. Je préfère de loin l’histoire, vraie ou feinte, avec son applicabilité variable suivant la pensée et l’expérience des lecteurs. Je pense que beaucoup confondent « applicabilité » et « allégorie » ; or, l’une réside dans la liberté du lecteur, et l’autre dans la domination voulue par l’auteur » [trad. fr. par V. Ferré & D. Martin, in Tolkien : sur les rivages de la Terre du Milieu, Paris, Christian Bourgois éditeur, 2001, p. 313-314]. [N.D.E.]

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            Lewis a davantage travaillé la notion d’allégorie que Tolkien. À partir des analyses d’Irène Fernandez (in Mythe, raison ardente, notamment p. 280-307), on peut organiser la typologie suivante :

allégorie étroite

bonne allégorie

allégorie-expression

= élaborée par l’auteur

« monstruosité » univoque et conceptuelle

(p. 283-288)

polysémantisme, proche du mythe

(p. 289-291)

allégorie-interprétation

= élaborée par le lecteur

nuisible à l’intelligence, car pauvre et exclusive

(p. 291-298)

la bonne lecture : doublement imaginative : à la fois réceptive et active

(p. 298-304)

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10 février 2007

L'ordre de Narnia

Dans la continuité de la précédente lettre, C.S. Lewis précise le « sens profond » des histoires de Narnia.

Lettre à Anne Jenkins1, du 5 mars 1961

[CL III, 1244-1245]

            Chère Anne,

            Ce qu’Aslan voulait dire lorsqu’il déclarait être mort est, en un sens, suffisant en soi. Lis un des précédents livres de la série, intitulé L’Armoire magique [The Lion, the Witch and the Wardrobe], et tu découvriras le récit complet de la façon dont il a été tué par la Sorcière Blanche pour revenir ensuite à la vie. Quand tu auras lu cela, je pense que tu verras probablement qu’il y a un sens plus profond derrière cela.

            L’histoire entière de Narnia parle du Christ. En fait, je m’étais demandé ceci : « En supposant qu’il ait vraiment existé un monde tel que Narnia, et qu’il ait pris (comme le nôtre) une mauvaise tournure, en supposant également que le Christ veuille venir dans ce monde pour le sauver (comme Il l’a fait pour le nôtre), qu’aurait-il pu se passer ? »

            Ces histoires sont ma réponse. Puisque Narnia est un monde d’Animaux parlants, je pensais qu’Il y serait devenu un Animal parlant, de même qu’il s’est fait Homme ici. Je l’ai dépeint en lion parce que : a) le lion est considéré comme le Roi des animaux ; b) le Christ est appelé le « Lion de Juda » dans la Bible2 ; c) j’avais eu d’étranges rêves à propos de lions lorsque je commençais à écrire les livres. La série entière se combine ainsi :

            Le Neveu du Magicien [The Magician’s Nephew] parle de la création et de la façon dont le mal est entré dans Narnia.

            L’Armoire magique [The Lion etc.] parle de la Crucifixion et de la Résurrection.

            Le Prince Caspian [Prince Caspian] parle de la restauration de la vraie religion après une corruption.

            Le Cheval et son écuyer [The Horse and his Boy] parle de l’appel et de la conversion d’un païen.

            L’Odyssée du Passeur d’Aurore [The Voyage of the Dawn Treader] parle de la vie spirituelle (en particulier pour Reepicheep3).

            Le Fauteuil d’argent [The Silver Chair] parle de la guerre constante contre les forces des ténèbres.

            La Dernière Bataille [The Last Battle] parle de la venue de l’Antéchrist (le Singe), de la fin du monde et du Jugement Dernier.

            Est-ce clair ?

            Bien amicalement,

            C.S. Lewis

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Destinataire :

            Anne Jenkins (née Anne Waller, en 1950) faisait partie de ces jeunes lecteurs de Narnia, qui écrivaient à C.S. Lewis et auxquels il prenait le temps de répondre.

note 1 : Dans sa lettre du 27 décembre 2004 à Walter Hooper, [Anne Jenkins] expliquait pourquoi elle avait écrit à Lewis : « J’étais en train de lire Le Fauteuil d’argent [The Silver Chair]. À la fin lorsque le Prince Caspian mort, revient à la vie, Eustache demande : « n’est-il pas... euh... mort ? » « Si, répondit le Lion (...). Il est mort. Comme la plupart des gens, tu sais. Même moi, cela m’est arrivé. Il y a très peu de gens qui ne sont jamais morts » [Le Fauteuil d’argent, chap. XVI ; trad. fr. de Philippe Morgaut, Folio Junior, 2002, p. 252]. Je voulais savoir ce qu’Aslan entendait par le fait que la plupart des gens étaient morts. Je savais déjà qu’Aslan avait connu la mort. J’ai d’abord interrogé mes parents, et ils m’ont suggéré d’écrire à l’auteur pour le lui demander. Je ne vois pas comment cela pourrait signifier autre chose que le fait que la plupart des gens qui ont vécu depuis Adam sont morts. Je pensais qu’il faisait référence à ceux qui sont encore en vie actuellement. Quand même, j’étais aux anges de recevoir une lettre de C.S. Lewis et bien qu’il n’eût pas répondu à ma question, il avait répondu à de nombreuses autres ! » [N.D.E.]

note 2 : Apocalypse 5, 5. [N.D.E.]

note 3 : La version française adapte le nom de cette Souris parlante en donnant « Ripitchip ».

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            L’ordre dans lequel C.S. Lewis présente la série est particulier, car il ne correspond ni à la chronologie externe de la publication (A), ni à celle des événements au sein de l’histoire (B).

            Je les rappelle ici, pour information :

A. Chronologie (externe) de la publication :
- The Lion, the Witch and the Wardrobe (1950)
- Prince Caspian (1951)
- The Voyage of  the Dawn Treader (1952)
- The Silver Chair (1953)
- The Horse and his Boy (1954)
- The Magician’s Nephew (1955)
- The Last Battle (1956)

B. Chronologie (interne) de l’histoire :
- The Magician’s Nephew (1955)
- The Lion, the Witch and the Wardrobe (1950)
- The Horse and his Boy (1954)
- Prince Caspian (1951)
- The Voyage of  the Dawn Treader (1952)
- The Silver Chair (1953)
- The Last Battle (1956)

            Quitte à choisir, Lewis préférait que les livres soient lus dans l’ordre chronologique interne de l’histoire [voir par exemple CL III, 847-848, n. 43].


            
Lewis a-t-il alors tout simplement interverti par inadvertance dans cette lettre Le Cheval et son écuyer et Le Prince Caspian, au sein de l’ordre chronologique interne (B) ? Ou doit-on y voir un troisième ordre, « plus profond », qui serait théologique, cette fois-ci ? Je n’en sais rien, c’est à travailler...

            De toute façon, quand bien même ce serait le cas, il ne faudrait pas le surdéterminer puisque cet ordre ne serait que rétrospectif — Lewis n’ayant pas eu une telle vision d’ensemble au début de la rédaction (voir Irène Fernandez, C.S. Lewis – Mythe, raison ardente, Genève, Ad Solem Éditions, 2005, p. 307-311).

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04 février 2007

Critique et allégorie

Pas de continuité (du moins directe) dans le choix des lettres traduites : celle d’aujourd’hui porte sur la question de l’influence éventuelle entre Lewis et Tolkien.

Lewis en vient alors à préciser à son correspondant son point de vue sur le courant de la Critique Radicale, et à nuancer la dimension allégorique des Chroniques de Narnia.

Lettre à Francis Anderson, du 23 septembre 1963 [CL III, 1458-1460]

Cher M. Anderson,

Je ne pense pas que Tolkien m’ait influencé1, et je suis certain de ne pas l’avoir influencé ; c’est-à-dire que je n’ai pas influencé ce qu’il a écrit. Mes encouragements constants, à la limite de l’insistance, l’ont considérablement influencé à écrire avec ce sérieux et cette profondeur. En d’autres termes, j’ai davantage agi comme une sage-femme que comme un père. Les similitudes entre son travail et le mien sont dues, je pense, a) à notre nature — notre tempérament —, et b) aux sources communes. Nous sommes tous deux imprégnés de la mythologique nordique, des contes de fées de George MacDonald, d’Homère, de Beowulf, et du roman médiéval. Et, bien sûr, nous sommes tous deux chrétiens (lui est un catholique romain).

            [1459] Votre problème de la « Critique Radicale »2 est d’un intérêt extrême3. Les critiques de ses livres ou des miens, qu’ils soient amicaux ou hostiles, mettent constamment en avant des histoires imaginaires de leur propre cru. Je ne pense pas qu’aucune d’entre elles ait jamais fait surgir la moindre ressemblance avec l’histoire réelle (ils s’imaginent par exemple que l’Anneau mortel est un symbole de la bombe atomique, alors que ce mythe a été développé bien avant que l’on en entende parler).

Tirez-en la morale. Ces critiques qui s’occupent de nous ont tous les avantages qui manquent aux érudits modernes qui étudient l’Écriture. Ils s’occupent d’auteurs qui ont la même langue maternelle, la même éducation, et qui vivent dans le même monde socio-politique qu’eux, héritiers des mêmes traditions littéraires. Malgré cela, dès qu’ils nous expliquent comment les livres furent écrits, ils sont tous désespérément dans l’erreur ! Après cela, quelle chance a un érudit moderne de déterminer comment Isaïe ou le Quatrième Évangile — et je pourrais y ajouter Piers Plowman4 — ont vu le jour ? Je devrais parier à dix mille contre un. (Surtout quand, et je suis sûr que ce n’est pas votre cas, la plupart sont devenus des Critiques Radicaux sans avoir d’abord appris à être des critiques. Ils n’ont pas le flair des authentiques critiques pour savoir faire la différence entre le mythe, la légende et un bout de grossier reportage). J’ai le sentiment que d’ici quelques siècles tout l’art de la Critique Radicale semblera aussi étrange qu’une aberration de l’esprit humain comme l’astrologie.

Vous pourriez bien avoir raison au sujet de mes parenthèses5. La parenthèse est une telle caractéristique commune de la conversation (y compris de celle des enfants) que j’avais cru le lecteur capable de la faire sentir aisément à voix haute — en [1460] fait, les parenthèses visibles ou les tirets étaient des indications pour signaler que « cela devait être dit un peu plus bas et plus rapidement ». Mais j’admets entièrement que c’est en le mangeant que l’on juge un pudding, et que « ce que considère le cuisinier » ne justifie rien6. Il « n’est pas payé pour penser ».

La série de Narnia n’est pas exactement une allégorie. Je ne suis pas en train de dire : « représentons sous forme d’un conte7 la réelle histoire de ce monde ». Je dis plutôt ceci : « En supposant que le monde de Narnia existe, devinons sous quelle forme les actes de la Deuxième Personne, du Créateur, du Rédempteur et du Juge pourraient s’y produire ». Cela, vous le voyez, coïncide en partie avec l’allégorie, mais ce n’est pas tout à fait la même chose.

Je ne pense pas qu’un Touille-marais ressemble à un Hobbit. Le Hobbit est une joyeuse petite créature, satisfaite et optimiste. Si l’on devait comparer Puddleglum8 à l’un des personnages de Tolkien, je dirais de lui qu’il est « un bon Gollum ».

Merci pour toutes les gentilles choses que vous m’avez dites.

Sincèrement vôtre,

C.S. Lewis

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Destinataire :

Francis Anderson, qui vivait aux États-Unis, écrivit à Lewis le 12 septembre 1963. Une copie de sa lettre est conservée au Wade Center. [N.D.E.]

note 1 : Dans sa lettre, Anderson écrivait : « Plusieurs de mes amis partagent notre affliction à la découverte (ce qui est assez clair dans La dernière bataille) que la série ne serait pas indéfinie. Pour plusieurs d’entre nous, le Seigneur des Anneaux a consitué un substitut de second ordre (son allégorie, si jamais il y en a une, n’a pas la profondeur théologique de l’autre). (Du point de vue de l’étude biblique, c’est l’ouverture illimitée de son historicité, son manque d’eschatologie définie, qui l’empêche d’être chrétien ; et je ne vois pas non plus de rédemption de quelque sorte que ce soit. Sa rigueur morale, toutefois, est plus marquante). Mais la question continuelle est de savoir quel est le lien entre les deux œuvres ; et, de façon plus gênante, savoir lequel des deux a emprunté à l’autre. Avec tous les livres sur mes étagères qui me parlent de la façon dont l’Ancien Testament a été écrit, je suis prêt à vous excuser tous les deux d’avoir plagié une théorie qui serait votre source commune. Tolkien est-il également un admirateur de George MacDonald ? Lewis s’est-il servi de parties du Livre Rouge avant que Tolkien ne l’ait terminé ? » [N.D.E.]


note 2 : « Higher Criticism » : voir la présentation de la Critique radicale sur Wikipedia.

note 3 : Anderson : « Je trouve toute cette question fascinante et déconcertante, et elle constitue, d’une certaine façon, un cas de jurisprudence. J’étais presque tenté de les soumettre à un appareil critique
[« some critical machine »] pour voir quels résultats avérés il pourrait en ressortir. Mais je dois admettre que je suis plutôt réservé à ce sujet, et j’ai des choses plus importantes à faire. Toutefois, la question demeure. Leurs philosophies sous-jacentes sont tellement différentes ; les innombrables détails proviennent manifestement des imaginations indépendantes d’individus différents ; pourtant la similarité est là, ne serait-ce que dans la conception d’un tel monde... avec une telle diversité de créatures (un Touille-marais marsh-wiggle » : c’est une créature à forme humaine, aux airs de batracien allongé, et particulièrement pessimiste] n’est-il pas en un sens l’équivalent d’un Hobbit ?), engagées dans de telles aventures avec le même sérieux héroïque ». [N.D.E.]


note 4 : Piers Plowman [Pierre le Laboureur] (1377) est un récit médiéval de William Langland, où apparaît pour la première fois le personnage de Robin des Bois.

note 5 : Anderson avait adressé ce reproche aux Chroniques de Narnia : « De temps en temps, la fluidité du récit est interrompue par une parenthèse qui insère une phrase entière à un endroit maladroit (si je puis dire) de la syntaxe. Par exemple : « Puis (cela lui donnait chaud partout quand elle s’en souvenait après coup), elle inclinait la tête sur le côté (...) » (Le fauteuil d’argent [chap. 9]) [je reprends la traduction de Philippe Morgaut, dans l’édition Gallimard jeunesse, 2002, p. 134 ; il y a un écart avec la citation d’Anderson, il faudra que je vérifie]. Cela ne pose pas de difficulté pour le lecteur exercé ; mais pour l’auditeur, qui ne bénéficie pas des signes de parenthèses, l’effet peut être très perturbant. » [N.D.E.]


note 6 : On sent que Lewis monte doucement en pression, et qu’il commence à se payer la tête de cet américain qui ne comprend pas grand-chose : l’exemple du pudding n’est pas choisi au hasard... ;-)

note 7 : Lewis emploie ici le terme allemand « märchen ».


note 8 : La version française donne l’impression d’avoir conservé le nom original, mais elle omet un « l » : ce qui donne « Puddlegum ».

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Est-ce surprenant si les Collected Letters ne font pas état d’autres lettres de Lewis à Francis Anderson ? ;-)

En revanche, bien d’autres lettres abordent ces question de la critique et de l’allégorie, avec des formulations parfois même similaires (voir Irène Fernandez, C.S. Lewis – Mythe, raison ardente, Genève, Ad Solem Éditions, 2005, p. 309).

Je ne risque pas de me sentir désœuvré...

Mais la semaine approche, et les tâches quotidiennes menacent de rompre l’élan :-( Toutefois, n’étant pas un Touille-marais, je n’irai pas jusqu’à dire que cette traduction était sûrement la dernière ;-)

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03 février 2007

L'ombre de la conscience

            Pour aujourd’hui, j’ai choisi de traduire la première lettre que Lewis a adressée à Walter Hooper (qui s’est donc chargé depuis d’éditer sa correspondance).

Lettre à Walter Hooper, du 30 novembre 1954 [CL III, 535]

            Cher M. Hooper,

            Merci pour votre aimable lettre du 231. Je suis heureux si j’ai pu être l’instrument de l’aide que Notre Seigneur vous a apportée : dans Ses Mains presque tout instrument peut agir, aucun sinon.

            Nous devrions, je crois, nous méfier de ces états d’esprit qui tournent notre attention sur nous-mêmes. Même nos péchés ne doivent pas être considérés plus longtemps que ce qu’il faut pour les connaître et nous en repentir ; et nos vertus ou progrès (s’il y en a) constituent assurément un dangereux objet de contemplation. Lorsqu’un homme se tient à la verticale du soleil, il ne projette aucune ombre ; de même, lorsque nous serons sous le Zénith Divin, notre ombre spirituelle (c’est-à-dire notre conscience réflexive) s’évanouira. En un sens, nous ne serons presque rien : une pièce faite pour être remplie par Dieu et nos semblables bienheureux, lesquels seront réciproquement des pièces que nous contribuerons à remplir. Mais comme nous en sommes éloignés pour le moment !

            Avec tous mes bons vœux.

            Sincèrement vôtre,

            C.S. Lewis

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Destinataire :

            Walter Hooper (né en 1931) est l’éditeur de ces Collected Letters, et l’auteur notamment du C.S. Lewis: A Companion & Guide (1996) — dont se sont d’ailleurs inspirés Hammond & Scull pour leur somme sur Tolkien. Pour la présentation, voir CL III, 535, n. 382.

note 1 : Hooper était dans l’armée des États-Unis et il était stationné à Fort Bragg, en Caroline du Nord. Il écrivit à Lewis pour le remercier de ses livres, et pour lui dire que, bien que déjà chrétien lorsqu’il les avait lus, ils lui avaient rendu la foi claire. [N.D.E.]

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            C.S. Lewis renverse la conception traditionnelle sur la conscience réflexive [consciousness of self] : loin d’être la faculté reine de l’esprit humain, elle est appelée à disparaître. La prise de recul que prône la sagesse pour que l’homme accède à une authentique maîtrise de soi n’est qu’une ombre portée. En se retournant sur elle-même, la conscience se fait de l’ombre.

            Il faut toutefois éviter d’exagérer cette thèse : Lewis ne condamne pas la conscience réflexive en tant que telle. C’est son usage prolongé et complaisant qui est à proscrire. Cette faculté a son rôle à jouer (Lewis n’invite ni à l’aveuglement sur soi, ni à l’absence de réflexion) ; elle s’évanouira simplement lorsqu’elle n’aura plus de raison d’être.

            Le risque pernicieux que présente l’habitude de s’examiner est régulièrement souligné dans les œuvres de Lewis, à commencer par les Screwtape Letters (1942) où un démon adresse ses conseils à un novice dans l’art de corrompre un être humain :

            « Concentre son attention sur sa vie intérieure. Il pense que sa conversion est quelque chose qui s’est fait au-dedans de lui. Actuellement, il est donc surtout préoccupé de ses dispositions d’esprit ou plutôt de ce que tu lui permets d’en apercevoir. Encourage-le dans cette voie. (...) Amène-le au point où il pourra faire son examen de conscience pendant une bonne heure sans découvrir un seul des faits qui sautent aux yeux de quiconque a vécu sous le même toit ou travaillé dans le même bureau que lui. »

C. S. Lewis, Tactique du diable [= Screwtape Letters], chap. iii
(Bâle, Éditions Brunnen Verlag, 1980, trad. fr. d’É. Huser, p. 15)

            Si « le moi est haïssable », pour reprendre Pascal (Pensées, Br. 455, L 597), la personne ne l’est pas. Mais ce n’est pas à elle de s’aimer. Autrement dit, le « je », en tant que sujet, ne doit pas se prendre pour objet (« moi ») d’amour.

            Le moi a à être aimé, mais pas par lui (ni — comme le montre Lewis tout au long des Quatre amours — de n’importe quelle façon).

            Le changement d’ordre chez Pascal se retrouve dans cette lettre de Lewis : il s’agit de préparer le passage de la pensée (la conscience) à l’amour qui se donne comme plénitude. Au modèle de la vue (qui implique la distance) se substitue celui du lieu à habiter. L’ombre disparaîtra, au profit de la pièce libre : libre d’être emplie de l’amour de l’Autre. Il ne s’agit donc pas simplement de devenir invisible à soi-même pour mieux voir les autres : il faut surtout leur faire une place, occultée pour l’instant par l’ombre de la considération de soi. En d’autres termes, arrêter de nous occuper de nous (conscience réflexive) pour que les autres puissent nous occuper.

            Cette interdépendance des pièces conduit à l’organisme vivant. Lewis s’inscrit dans le prolongement de l’image paulinienne des membres d’un même corps (voir notamment 1 Co 6 et 12).

            L’ombre spirituelle de la conscience est ce repli sur soi, qui se détourne de la lumière pour se regarder. Pour Lewis, se complaire à se penser soi-même, c’est se rendre aveugle à ce que l’on est appelé à devenir. La connaissance de soi ne doit pas tomber dans un enfermement obscur. Screwtape, le démon chevronné, avait bien compris le principe, et met en garde son apprenti contre les projets de l’Ennemi (c’est-à-dire Dieu) :

            « Je sais que l’Ennemi cherche, lui aussi, à détacher les hommes d’eux-mêmes. Mais il le fait à sa manière. rappelle-toi toujours qu’il aime sincèrement cette affreuse vermine et qu’il attache une importance exagérée à l’individualité de chacun. Quand il leur dit de renoncer à eux-mêmes, il ne veut que les amener à démordre de leurs prétentions égoïstes et volontaires. Une fois qu’ils ont fait cela, il leur rend véritablement toute leur personnalité et se vante (à juste titre, je le crains) que quand ils sont tout entiers à lui, ils sont aussi pleinement eux-mêmes. Ainsi, tout en se réjouissant de les voir sacrifier même leurs désirs les plus innocents à sa volonté, il déteste les voir perdre leur individualité pour quelque raison que ce soit. »

C. S. Lewis, Tactique du diable, chap. xiii, p. 46

Une dernière remarque, en guise de clin d’œil : Walter Hooper a lui-même édité la lettre où C.S. Lewis lui parle de la conscience réflexive. Les jeux de miroirs ne sont donc pas tous néfastes, bien au contraire... ;-)

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02 février 2007

Traduire C.S. Lewis

 Je viens (enfin !) de recevoir hier, après quelques péripéties, le troisième et dernier volume de The Collected Letters of C.S. Lewis, éditées par Walter Hooper.

 Il s’agit de l’édition la plus étendue, à l’heure actuelle, de sa correspondance. Walter Hooper l’a organisée en trois grandes périodes :

- Volume I : Family Letters 1905-1931, Harper San Francisco, 2004, 2005, xiv-1057 p.

- Volume II : Books, Broadcasts, and the War 1931-1949, Harper San Francisco, 2004, 2005, xx-1132 p.

- Volume III : Narnia, Cambridge and Joy 1950-1963, London, HarperCollins Publishers, 2006, xx-1810 p.

 Je n’ai pas eu la patience d’attendre l’édition américaine ;-) L’ensemble est dépareillé, mais c’est franchement un moindre mal, comparé au plaisir de la lecture — et la pagination reste la même, c’est l’essentiel.

 Les quatre milliers de pages ne se parcourront pas rapidement, d’autant plus que j’ai eu envie de me remettre un peu à la traduction.

 Ce Bois de Dendropogon, qui doit tant à Lewis, va ainsi accueillir mes essais de traduction qui, j’espère, iront en s’améliorant (c’est l’un des rares avantages de ce qui est très perfectible...).

 Je ne traduirai pas systématiquement toutes les notes de W. Hooper (= N.D.E.), mais j’en ajouterai quelques-unes de mon cru, qui apparaîtront en grisé, pour préciser ou au contraire synthétiser quelques indications, ou encore apporter un rapide commentaire.

 Voici donc la première du lot, choisie avant tout pour sa brièveté ;-), et accessoirement pour la question de la traduction française des histoires de Narnia.

Lettre à Geoffrey Bles, du 28 juin 1952 [CL III, 211]

 Mon cher Bles,

 Mycroft1 a été malade, mais il va mieux désormais. Je n’envisage pas beaucoup d’occasions pour des exemplaires du Lion2, mais si vous aviez la gentillesse de m’en envoyer deux, ils pourraient s’avérer utiles. Le traducteur mérite bien sûr d’être félicité — le français est une langue très profonde —, les enfants sont devenus de parfaits petits Français, mais tout est pour le mieux. Ce qui m’a plu et surpris, c’est le passage à la fin où je les fais parler comme des personnages de Malory ; il a vraiment repris quelque chose des romans en prose du XIIIème siècle français : « grande honte en aurions »3 est parfaitement juste.

 Puis-je avoir dix exemplaires de Mere Christianity ? J’ai pris mon premier bain à Parson’s Pleasure4 hier : 20°.

 Bien à vous,

 C.S. Lewis

______________

Destinataire :

 Geoffrey Bles (1886-1957) fut le principal éditeur des ouvrages religieux de Lewis, ainsi que de certaines des histoires de Narnia. Pour la présentation, voir CL II, 554 n.

note 1 : « Mycroft » était le nom par lequel Bles désignait Warnie [le frère aîné de C.S. Lewis], une plaisanterie qui amusait beaucoup les frères Lewis. Mycroft est le nom que Sir Arthur Conan Doyle donnait au mystérieux frère aîné de Sherlock Holmes. Il est mentionné pour la première fois dans « The Adventure of the Greek Interpreter », in Memoirs of Sherlock Holmes (1894), où Holmes déclare : « Mon frère pourrait être le plus grand enquêteur criminel qui ait jamais vécu. Mais il n’a pas d’ambition, ni d’énergie. Il ne quitterait pas ses habitudes pour vérifier ses propres solutions, et préférerait que l’on considère qu’il se trompe plutôt que de prendre la peine de prouver par lui-même qu’il a raison ». Le mystérieux frère est également mentionné dans « The Adventures of the Bruce-Partington Plans » in His Last Bow (1917). Dans cette histoire, Holmes dit que Mycroft « possède l’esprit le plus méthodique et ordonné qui soit, doué de la plus grande capacité à reconstituer les faits ». [N.D.E.]

note 2 : Lewis fait référence au Lion et la Sorcière Blanche, traduit par [Mme] Émile R. Blanchet (Paris, Librairie Hachette, 1952), c’est-à-dire la traduction française de The Lion, the Witch and the Wardrobe. [N.D.E.] — Je n’ai pas choisi le féminin pour « traducteur », ignorant si Lewis savait qu’il s’agissait d’une traductrice.

note 3 : En français dans le texteLe Lion et la Sorcière Blanche, ch. 17, p. 185 (« great shame would we have »). [N.D.E.]

note 4 : « Parson’s Pleasure » s’étend au nord de Madgalen College, là où les deux branches du Cherwell se rejoignent pour former la « Mésopotamie », ainsi nommée en référence à l’antique région située entre le Tigre et l’Euphrate. Cet endroit était connu au XVIIème s. sous le nom de « Parson’s Pleasure », et il semble avoir toujours été fréquenté par des hommes venus se baigner et prendre le soleil nus. La coutume voulait que les dames débarquent à l’abord de Parson’s Pleasure et fassent le tour en poussant leurs bateaux sur des séries de cylindres métalliques pour reprendre le courant après. On en a fait un parc, depuis quelques années. [N.D.E. : CL I, 304] — J’ignore si Lewis respectait la tradition jusqu’au bout... ;-)

______________

 Il est agréable de lire un membre des Inklings saluer la qualité d’une traduction française... ;-)

 Mais l’ironie de l’histoire, c’est que l’édition désormais la plus répandue des Chroniques de Narnia en France ne reprend pas la traduction de Blanchet qu’appréciait Lewis. Pour une fois qu’une traduction était applaudie par l’auteur, on aurait pu s’attendre à ce qu’elle ne tombe pas aux oubliettes !

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