20 janvier 2008
Till l'Espiègle
Lisant ce matin le texte de Marcel Conche sur la « Métaphysique du hasard » (in Quelle philosophie pour demain ?, Paris, P.U.F., 2003), je tombe sur son commentaire du clinamen chez Épicure : « cette sorte d’espièglerie ontologique de l’atome » (p. 155).
Pourquoi parler d’espièglerie pour cette capacité libre de déviation minimale que possède l’atome dans la physique épicurienne ?
Le Trésor de la Langue Française Informatisé m’apprend alors l’étymologie de l’adjectif « espiègle ».
Il provient du nom d’un personnage de conte allemand, Till Eulenspiegel, « dont les aventures, publiées en all. en 1515, ont été traduites en fr. dès le XVIe s. sous le titre Histoire [joyeuse et récréative] de Till Ulespiegle ; le -l- étant pris pour l’art., le nom a été altéré en espiègle. »
La « Goule gueule » m’a forcément précipité vers son complice « Oui-qui-paie-Diable », lequel m’a permis d’en savoir un peu plus sur ce Till l’Espiègle.
« Ses farces consistent souvent à prendre une expression figurée au pied de la lettre, afin de moquer les travers de ses contemporains et les abus de son temps ».
Till l’Espiègle est ainsi le miroir de mon cher Perceval de Kaamelott, qui prend lui aussi les expressions figurées au pied de la lettre mais cette fois-ci de façon totalement naïve
La composition du nom de ce personnage est une illustration de cette réflexion sur le sens, comme l’indique le Littré :
« E. Wallon, spièk ; de l’allemand Eulenspiegel, proprement miroir de chouette, de Eule, chouette, et Spiegel, miroir. (...) On remarquera que l’allemand Spiegel, miroir, est le latin speculum » (Littré, Dictionnaire de la langue française, Gallimard Hachette, 1972, tome 3, p. 1035).
L’espiègle est donc littéralement quelqu’un qui réfléchit, à la manière de la chouette, l’oiseau de Minerve, c’est-à-dire de la philosophie.
L’« espièglerie ontologique » de Marcel Conche est également une espièglerie étymologique ;-)
Les rapprochements imprévus entre l’espièglerie et la philosophie ne manquent pas, même lorsqu’ils n’ont pas été voulus.
C’est ainsi, notamment, que Richard Strauss a composé, parmi ses poèmes symphoniques, Till l’Espiègle, et Ainsi parlait Zarathoustra (cette œuvre pourrait ainsi ouvrir vers une recherche sur l’espièglerie chez Nietzsche, mais le temps me manque...).
La page « Oui-qui-pédiatrique » sur Till Eulenspiegel (qui — autre espièglerie du hasard — a été rédigée par un connaisseur de Tolkien et de ses langues, Bertrand Bellet, rencontré sur JRRVF ;-)) mentionne une ambiguïté étymologique très distrayante :
« L’étymologie est cependant beaucoup plus triviale : le nom vient du moyen bas-allemand ulen « essuyer » et spegel « miroir, derrière », et l’expression ul’n spegel veut dire « je t’emm... ». »
Apparemment, la décence wikipédesque empêche la traduction explicite. C’est dommage, parce qu’un « Je te conchie » ne me semblait pas une traduction torchée... ;-)
Après Nietzsche, c’était Rabelais qui s’invitait :-)
Du coup, nouvelle association d’idées : est-ce un hasard si Perceval, dans Kaamelott, joue au « cul de chouette », mais qu’il n’en connaît pas bien les règles ;-)
Et après on s’étonnera que mes copies à corriger n’avancent pas aussi vite que prévu... ;-)
Je dois d’ailleurs ne pas poursuivre davantage le fil du routin pour aujourd’hui, et retrouver des lectures moins amusantes...
02 mars 2007
Loquettes
Recevoir le nom de « loquette » semble peu flatteur, au premier abord. Être une loque n’est déjà pas glorieux, que dire alors d’une petite loque...
Mais une loquette désigne également un « petit rouleau de laine préparé pour être filé » (Dictionnaire des mots rares et précieux).
C’est pourquoi ce billet est consacré à l’annonce d’une nouvelle série de liens, intitulée « Plaisir des mots », qui aurait pu s’appeler les Loquettes si cela n’avait pas porté à confusion.
Les liens vers ces sites passionnants sur les mots et le langage sont autant de rouleaux où chaque fil s’avère très loquace.
J’avais déjà eu l’occasion d’en citer çà et là, il était grand temps de les rassembler.
Bon tissage !
12 octobre 2006
Cligne-musette
Les images se suivent dans la catégorie de la cligne-musette, mais ce terme mérite à son tour que l’on parcoure le routin qui y mène.
« Cligne-musette » est un ancien mot pour désigner le jeu de cache-cache.
On le trouve notamment dans l’énumération des jeux de Gargantua (cf. Rabelais, Gargantua, chap. XXII ; GF, p. 114)
Ce mot me plaît en lui-même, mais aussi parce qu’il correspond bien à mon approche débutante de la photographie.
En me promenant, je remplis ma (cligne-)musette des différents clins d’œil que la lumière m’offre en jouant à cache-cache dans les replis du paysage.
Ajoutons à cela que le jeu de cache-cache est à son tour révélateur de ce que l’on est : la façon de se cacher, les lieux de prédilection pour le faire ou encore ce que l’on choisit d’observer depuis sa cachette sont autant d’éléments qui manifestent bien plus qu’ils ne cachent la personnalité du joueur.
Que Lucy, par exemple, décide de se cacher dans l’armoire qui mène à Narnia n’est vraiment pas un hasard (C.S. Lewis, L’armoire magique, chap. 3).
Ainsi, caché derrière l’appareil, on cueille des images qui sont probablement davantage représentatives de soi qu’une série de portraits descriptifs...
20 septembre 2006
Le plaisir de la langue
Jouer avec l’étymologie et les sens des mots, c’est l’activité favorite du blog des correcteurs du Monde, avec leur savoureuse Langue sauce piquante.
Un régal, à alterner avec la lecture du Dictionnaire des mots rares et précieux (10/18, 1996), où l’on (re)découvre des mots vieillis ou d’un emploi inattendu.
Le routin est, par exemple, un petit sentier dans un bois. On ne sait jamais où il peut mener au détour d'un arbre, ni même s'il se poursuivra encore dans les sous-bois.








